Le projet CIViS, Centre de services intégrés en violence sexuelle, porté par La Traversée en partenariat avec le CAVAC de la Montérégie et le Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL) à Saint-Lambert, vient de recevoir le Prix Joseph-Beaubien, la plus haute distinction de l’Union des municipalités du Québec.
« Le trauma, c’est l’expérience de la mort, sans mourir véritablement. Quand on fait l’expérience de la mort tout en restant vivant, il est extrêmement difficile de mobiliser l’énergie nécessaire pour aller chercher de l’aide. »
— Hélène Latrille, psychologue clinicienne et directrice des services cliniques, La Traversée
C’est à partir de cette réalité, pas d’une logique administrative, qu’est né le projet de Centre de services intégrés en violence sexuelle.
Parce que griffonner un numéro de ressource sur un bout de papier et espérer que la personne rappellera, ce n’est pas une réponse. Pas quand on sait ce que le trauma fait au corps ; ce qu’il prend, ce qu’il épuise. Pas quand la navigation entre les systèmes demande une énergie que beaucoup n’ont tout simplement plus.
Le CIViS part d’un principe différent : si la personne n’a pas l’énergie de frapper à plusieurs portes, on ouvre les portes, on brise les murs.
Sous un même toit, à Saint-Lambert, accessible à toutes les personnes de la Montérégie, des services psychothérapeutiques, psychosociaux, sociojudiciaires et juridiques. Une équipe coordonnée. Plus de 40 partenaires mobilisés. Les personnes accompagnées n’ont pas à répéter leur histoire. Elles n’ont pas à gérer seules la complexité d’un parcours que même des professionnels peinent à naviguer.
« Après une agression sexuelle, le parcours pour les personnes victimes est souvent un vrai casse-tête. Le projet CIViS a permis de changer ça. » — Christine Vilcocq, directrice générale, La Traversée
Ce que trois ans ont démontré
Depuis 2023, 645 personnes ont été accompagnées au CIViS. Parmi elles, 44 % ont choisi de porter plainte, soit près de 9 fois la moyenne nationale, qui se situe autour de 5 %.
Ce chiffre mérite qu’on s’y arrête. Il ne dit pas que le CIViS convainc les gens de porter plainte. Il dit que lorsqu’une personne est crue, soutenue, et qu’elle peut accéder aux soins dont elle a besoin, elle retrouve la capacité de décider librement. Des soins de santé mentale qui mènent à la justice. C’est aussi cela, lutter contre l’impunité.
55 % des entrevues d’investigation menées dans nos locaux concernaient des enfants et des adolescent·es. Dans un environnement adapté, avec des policières et policiers sans uniforme ni arme apparente, et la possibilité de recevoir du soutien psychosocial immédiatement avant ou après l’entrevue. Parce qu’ailleurs, on repart seul·e. Fragilisé·e par ce qu’on vient de traverser, sans filet.
« Aujourd’hui, on se concentre sur le rétablissement de la personne en premier. » — Jean-François Lapolice, directeur adjoint, Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL)
C’est un changement de paradigme. Auparavant, l’urgence de la poursuite judiciaire dictait la méthode : obtenir le maximum d’informations, le plus vite possible. Aujourd’hui, la sécurité psychologique est le socle sur lequel repose l’accès à la justice. Ce n’est plus la personne qui s’adapte au système ; c’est la pratique qui s’adapte à son rythme.
Une reconnaissance, et une responsabilité
Le 15 mai 2026, le projet CIViS a remporté le Prix Joseph-Beaubien, la plus haute distinction du Mérite Ovation municipale de l’Union des municipalités du Québec. Décerné toutes catégories confondues, il récompense le projet qui se démarque le plus par son ingéniosité, sa persévérance et sa vitalité.
« Ce prix nous oblige autant qu’il nous honore. Il reconnaît que quelque chose fonctionne ici et ça nous donne la responsabilité de tout faire pour que ça existe ailleurs. »
— Christine Vilcocq, directrice générale, La Traversée
Le CIViS est un projet co-porté avec le CAVAC de la Montérégie et le Service de police de l’agglomération de Longueuil (SPAL). Il a bénéficié d’un financement d’impulsion de trois ans du ministère de la Justice du Québec. Des discussions sont en cours avec d’autres partenaires à travers le Québec pour que ce modèle puisse être reproduit.
Parce qu’une réponse juste à la violence sexuelle ne devrait pas dépendre du code postal.
Briser les murs
Le documentaire Briser les murs, produit par Savoir média, suit le projet CIViS sur trois ans. En janvier 2026, trois mois seulement après sa sortie, il a été vu plus de 2,7 millions de fois.
Visionner le documentaire.
Le projet a également fait l’objet d’un grand reportage de Denis Wong à Radio-Canada, avec des photos de Denis Wong et des illustrations de Mathieu Blanchette. Des personnes victimes et des membres des équipes du CIViS y témoignent de la portée de cette initiative pour la Montérégie et pour le Québec.
Lire le reportage sur Radio-Canada.