La violence sexuelle au cœur de la santé mentale : La Traversée dépose un mémoire au Gouvernement du Québec

Participantes et participants réunis lors de la journée de consultation régionale organisée par le CISSS de la Montérégie-Centre, Longueuil, mai 2026

La violence sexuelle au cœur de la santé mentale : La Traversée dépose un mémoire au Gouvernement du Québec

Dans le cadre de la consultation publique gouvernementale Vers une vision renouvelée, intégrée et cohérente en matière de santé mentale, itinérance et dépendance, La Traversée a déposé un mémoire de contribution au Gouvernement du Québec.

Cette consultation, ouverte du 17 mars au 6 juin 2026, vise à renouveler les orientations gouvernementales en santé mentale, en itinérance et en dépendance, alors que les trois plans d’action en vigueur arrivent à échéance. La directrice générale Christine Vilcocq y représentait La Traversée lors de la journée de consultation régionale tenue à Longueuil. La Traversée y a contribué depuis une position unique : celle d’un organisme clinique spécialisé qui accompagne les personnes victimes de violence sexuelle depuis 42 ans, à l’intersection précise des trois axes de la consultation.

Pourquoi La Traversée a participé à cette consultation

Les violences sexuelles ne se laissent pas enfermer dans un seul silo de services. Elles produisent des conséquences qui touchent simultanément la santé mentale, la stabilité résidentielle et les conduites de consommation.

En 2025-2026, La Traversée a reçu 373 demandes d’aide, soit une hausse de 42 % en une seule année. Près de la moitié des personnes accompagnées présentaient des facteurs de vulnérabilité importants : situations d’itinérance, de consommation ou de grande précarité. Ces chiffres ne sont pas des statistiques abstraites. Ils reflètent des réalités complexes que nos équipes côtoient quotidiennement.

Cinq recommandations au Gouvernement du Québec

Le mémoire formule cinq recommandations, présentées par ordre logique : du cadre d’analyse général vers les conditions concrètes de financement.

1. Reconnaître le trauma comme déterminant transversal de la santé mentale

Le Plan d’action interministériel en santé mentale 2022-2026 ne mentionne pas une seule fois le mot « trauma ». Cette omission constitue un angle mort majeur dans un document qui structure l’action de dix ministères et un budget de plus d’un milliard de dollars. La Traversée recommande que le prochain plan adopte l’approche tenant compte des traumatismes et de la violence (ATTV) comme cadre clinique et organisationnel, en cohérence avec les travaux déjà réalisés en dépendance et en itinérance.

2. Reconnaître la violence sexuelle comme enjeu majeur de santé mentale publique

La violence sexuelle n’est pas un enjeu social ou judiciaire en marge de la santé mentale. Elle en est un déterminant central. Sa reconnaissance explicite dans la vision renouvelée est une condition pour que les trajectoires de services soient réellement cohérentes et intégrées. Le projet CIViS, qui a accompagné plus de 700 personnes depuis 2023 avec un taux de dépôt de plainte de 44 % sur 3 ans, soit près de dix fois la moyenne canadienne, illustre concrètement ce que rend possible une approche intégrée et sensible au trauma.

3. Déployer un programme provincial de formation sensible au trauma

Une intervention non sensible au trauma peut, sans intention de nuire, retraumatiser la personne, briser le lien de confiance ou provoquer un abandon de services. La Traversée recommande un déploiement structuré d’une formation sensible au trauma dans le réseau de la santé et des services sociaux, en s’appuyant sur les outils déjà développés au Québec.

4. Soutenir les équipes cliniques et prévenir l’épuisement compassionnel

Accompagner des personnes victimes de trauma complexe exige des conditions cliniques solides : supervision, soutien psychologique des équipes, ratios cliniques réalistes, reconnaissance du travail invisible, reconnaissance de la fatigue de compassion et du trauma vicariant comme enjeu organisationnel réel. La stabilité du lien thérapeutique n’est pas seulement un prérequis au traitement ; dans le trauma complexe, elle est le traitement. Cette réalité doit se traduire dans le financement et le soutien aux équipes.

5. Assurer un financement équitable des soins spécialisés en santé mentale

Les organismes spécialisés en violence sexuelle et en trauma complexe occupent une fonction clinique essentielle dans le continuum de services. Or, leur financement demeure marqué par des iniquités territoriales importantes et par la non-reconnaissance d’une partie significative du travail clinique requis. La Traversée recommande des critères provinciaux clairs, uniformes et transparents pour l’attribution du financement, ainsi qu’une reconnaissance formelle de l’expertise des organismes spécialisés.

Un mémoire public

Ce mémoire s’appuie sur quatre décennies d’expérience clinique, sur des données probantes et sur les meilleures pratiques en trauma. Il représente la contribution de La Traversée à une réflexion collective qui engagera les services de santé mentale du Québec pour les prochaines années.

Consultez le mémoire complet (PDF)